SON & TECHNIQUE


LE COMPACT DISC ET LA DÉCOUVERTE DU SON NUMÉRIQUE

En 1982, naissait un support audio qui allait bousculer bien des habitudes chez le consommateur : le Compact Disc. Une première pour le grand public qui découvrait enfin le son numérique...


QUAND LE CD FAIT PLACE NETTE

Dire que le CD a révolutionné l’industrie musicale, tout le monde en conviendra. Apparu le 17 août 1982, le Compact Disc, avec son aspect argenté et brillant, nous invitaient dans le futur si bien illustré par les films de science-fiction. La révolution sonore était en marche, à notre portée.

© Speifensender - wikimedia (un CD de Depeche Mode dans son boîtier)

Du point de vue de l'avancé technologique... À la base, un petit disque optique de 12 cm, tournant à grande vitesse, et contenant une grande quantité d'informations lu par un laser (faisceau de lumière). Ce dernier, en se heurtant aux irrégularités de sa surface réfléchissante, produit en retour des interférances qu'un capteur prendra soin d'enregistrer (production de variations binaires 0 et 1).

Concernant son histoire, tout est allé très vite entre le moment où le CD est apparu à Hanovre, en Allemagne, et l'arrivée du premier album commercialisé moins de deux mois après (52nd Street de Billy Joel, ). Mais y avait-il réellement urgence ? Le disque vinyle n'était pas (encore) menacé, même si le walkman à cassette avait fait son apparition et avait innové en permettant l'écoute de la musique au casque en toute liberté, que l'on soit assis, que l'on marche ou que l'on se mette à courir.

Pour les acteurs du monde numérique, il devenait impératif de démontrer la supériorité de cette technologique naissante et de ses avancées. Pour cela, le CD avait d'abord besoin d'un lecteur de salon efficace, agréable à manipuler et pas trop onéreux. Sony, qui avait commercialisé le premier baladeur à cassette (le TPS-L2), allait faire de même avec le Compact Disc en inaugurant une platine de salon digne de ce nom, la CDP-101, qui sera suivie, quelques mois plus tard par son concurrent direct, Philips, avec le modèle CD100.

En 1983, les audiophiles pouvaient enfin savourer la musique numérisée, exempt de craquement et de bruit de fond. Contrairement au disque vinyle, la manipulation du Compact Disc s'avérait moins délicate. Après que le CD soit posé sur le tiroir de la platine, sa mise en route se voulait aussi simple que possible. Avec ses commandes "lecture/stop" et "avance/retour", le lecteur faisait penser étrangement au fonctionnement du magnétophone à cassette de salon, sauf qu'ici, il devenait concevable de sauter les morceaux à sa guise, voire de programmer tout un enchaînement de titres.

© Alessandro Nassiri - wikimedia  Le lecteur de CD Sony CDP-101.

Sans le désirer, en créant le Compact Disc, les constructeurs avaient invité le zapping à leur porte, un comportement déjà présent à la télévision, mais encore ignoré dans le domaine de l'audio. Un moindre mal à la simple vue de tous les avantages apportés par le CD, dont le plus important est longtemps resté aux yeux du grand public la possibilité d'avoir une durée d'écoute accrue.

Le 33 tours, qui contenait en moyenne une vingtaine de musique par face, passait avec le CD dans une autre dimension, avec environ trois quarts d'heure d'écoute non-stop ! De quoi savourer des œuvres conséquentes, comme une symphonie, sans être obligé de se lever du fauteuil. Du reste, dans un premier temps, le premier bénéficiaire du marché sera bien la musique classique qui réorganisera tout son catalogue à moindres frais au cours des années 80.

Bien que les arguments positifs ne manquent pas envers le CD, Il souffre toutefois d'une faiblesse que ni le temps, ni les composants ont pu modifié : une rayure appuyée sur sa surface peut compromettre tout ou partie de sa lecture, bien plus que la poussière, l'ennemi redouté du vinyle. Cette fragilité sera suivie quelques temps plus tard de recommandations d'usage avant que la question de sa durée de vie ne soit soulevée dans la presse (à cause des différents matériaux le composant).

Dans les premiers temps, les Compact Discs ne seront pas totalement numériques. Une information en lettres capitales, située au dos de la jaquette ou du boîtier, informe, aujourd'hui encore, le consommateur de la réalisation des trois étapes décisives de la fabrication du disque : l'enregistrement, le mixage et le mastering.

Par exemple, quand la mention indique AAD (A pour Analog et D pour digital), cela signifie que seule l'étape du mastering a été réalisée numériquement et que les deux précédentes relèvent de l'analogique. Toutefois, comparativement à un disque vinyle, un CD formaté AAD possède une dynamique accrue et un bruit de fond inférieur à son homologue analogique.

L'envie de produire des CD totalement numériques (DDD) n'attendra pas. Pour promettre une telle performance, il était impératif que tout le matériel utilisé en studio (ou sur scène) réponde à des exigences précises : console et effets numériques, enregistreur également. Le premier disque DDD verra le jour dès 1985 et se vendra à un million d'exemplaires (Dire Straits : Brothers in Arms).


LE SUCCÈS DU DISQUE COMPACT

Le basculement en faveur du CD arrive en 1988. Progressivement, la vente des 33 et 45 tours se fait confidentielle jusqu'à disparaître des catalogues. Seuls quelques disquaires spécialisés et des petits labels feront de la résistance, parallèlement à un marché d'occasion où cohabitent déjà CD et vinyles.

Dans les faits, les premiers CD feront débat auprès des audiophiles qui lui reprocheront leur manque de chaleur sonore vis-à-vis des disques analogiques ; une prise de position justifiée qui, des années plus tard, provoquera le retour sur le marché de l'objet analogique. Une demande attendu par les collectionneurs, un pari aussi, qui se confirmera avec une multiplication de CD proposés à la vente en version vinyle.

© blackblue-disques.com - Un espace partagé de disques vinyles et de CD chez un disquaire indépendant.

Le succès du disque compact est incontestable, mais sa vente exponentielle ne se fera pas sans conséquence, en invitant la surconsommation et la surenchère des procédés. L'arrivée massive du CD venait surtout en réponse à une forte demande. L'objet de toutes les convoitises allait provoquer quelques désirs inattendus, dont celui de retrouver, sous forme numérique, sa collection de vinyles favoris.

Par ailleurs, alors que la reconversion du 45 tours deux titres se fera sans aucun problème dans un format adéquat, la création des albums à venir soulévera le problème de l'occupation des 74 minutes. Pendant quelques années, les artistes adulés se sentiront comme redevable de multiplier les titres pour les adapter au format, en proposant des titres inédits, des lives ou plusieurs versions d'un même titre. Puis, dans les années 90, la nouvelle tendance sera d'inonder le marché de compils se déclinant en deux, voire trois CD, avec des titres enchaînés pour animer à moindres frais les soirées torrides de l'été.

Désormais, les CD étaient partout et ils s'invitaient autant dans les magazines de presse, entre deux pages, que dans les supermarchés où un immense rayon leur était réservé. C'est aussi à cette époque que l'informatique entrait dans la course à la consommation en proposant les CD-ROM à graver. Pour quelques euros, le consommateur pouvait acquérir des dizaines de CD vierge et enregistrer tranquillement à son domicile musique et programme informatique.


L'AVENIR DU DISQUE OPTIQUE

Au tournant du 21e siècle, le CD walkman et l'autoradio équipé d'un lecteur CD sont déjà là. Le Compact Disc est parvenu à sa "maturité commerciale". Malheuresement pour lui, l’arrivée du baladeur MP3, dans un premier temps, puis du téléchargement illégal sur le Web et enfin du streaming vont précipiter la chute de ses ventes.

Aujourd'hui, c'est un fait : l'écoute de la musique est passée dans une autre dimension. Désormais, elle se consomme virtuellement. Les habitudes des consommateurs changent une fois de plus, surtout chez les ados des années 2000, pour qui le CD est déjà un objet démodé sur lequel on surfe avec nostalgie (sauf peut-être dans le rap où il a encore sa place).

Néanmoins, que toutes ces aléas des "temps modernes" ne vous incitent pas à condamner trop vite le CD, car celui-ci vit encore quarante ans après sa naissance. Certes, son usage est plus mesuré que par le passé, mais il trouve encore sa place, notamment en informatique. Le CD-ROM est toujours utile pour sauvegarder, par exemple, des dossiers importants à la place d'une clé USB qui peut vous lâcher à tout moment. C'est un support fiable à condition de ne pas l'exposer au soleil et de ne pas le laisser traîner n'importe où.

Enfin, si comme moi, vous possédez un lecteur de CD dans votre véhicule, alors le Compact Disc méritera encore quelques attentions quand viendra le moment où vous le glisserez dans la fente prévue à cet effet et que la musique jaillira avec la même perfection qu'au premier jour.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 10/2022)

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