ROCK, POP, FOLK, ELECTRO...


LE ROCK'N'ROLL ET SES ORIGINES, SOURCE DE DISCUSSIONS

De nos jours, la musique que l'on nomme le rock s'est morcelée en de multiples influences et le rock'n'roll n'est que sa référence historique. Tout le monde ou presque en convient. Pour les uns, c'est de l'énergie pure, un balancement typé, voire un swing, quand pour d'autres, ce fut le signal d'un affrontement contre les ligues morales américaines et les forces publiques. Quant aux spécialistes du rock, c'est avant tout la naissance d'un son puissant, construit autour d'instruments électriques et de musiciens quelque peu déjantés. Bref, le rock'n'roll nous parle, et il est temps de l'évoquer !


UN DÉSIR DE LIBERTÉ ET D'INDÉPENDANCE

Depuis les années cinquante, le "rocker" ne semble pas avoir vieilli. Pour retrouver sa trace, il faut se diriger aux États-Unis, son berceau.

Non content d'avoir semé le blues et d'avoir donné naissance au jazz, le pays de l'oncle Sam vivait au rythme trépident de ses métropoles quand il fut poursuivi inlassablement par des teenegers insatisfaits par ce qu'on leur proposait.

© Sean Davis flickr.com

Dans les années 40/50, il y avait bien le rhythm'n'blues que les jeunes Noirs avaient adoptés, mais rien de semblable chez les Blancs, au point que ceux-ci seront nombreux à prêter attention aux titres diffusés par leurs radios. La musique populaire des Blancs, la country, celle de papa et de grand-papa, ne parlait pas à la génération d'après-guerre. Il devenait indispensable et urgent de se procurer une identité toute personnelle ; le chaînon manquant qui puisse satisfaire le plus grand nombre, même si au cœur de toute révolution musicale, il existe toujours des antécédents et des rencontres inévitables.

Le rock, plus exactement le rock and roll, trouvera son origine musicale à travers de multiples influences : blues, boogie-woogie, country et jazz. Propulsé sur le devant de la scène avec le renfort de la guitare électrique, le rock'n'roll s'enrichira, se transformera au fil des années, grâce à l'apport de multiples cultures et d'audaces. Sur scène, l'indispensable basse électrique, bien plus efficace que la contrebasse, était apparue pour se hisser au niveau sonore de la batterie. L'orgue, qui se substituera parfois au piano, par son efficacité à produire un fond sonore pesant, apparaîtra dans les formations des années 60 avec les cuivres, aux premiers signaux de faiblesse du rock'n'roll. La tentation d'ouvrir le rock vers de nouvelles voies se faisait jour : country-rock, boogie-rock, puis plus tard hard-rock.


JERRY LEE LEWIS : "GREAT BALLS OF FIRE" (1957)

Si l'on peut citer deux, trois chansons emblématiques comme Rock around the clock, enregistrée par Bill Haley and His Comets en 1954, Johnny B. Goode, par Chuck Berry en 1956 et Jailhouse Rock, par Elvis Presley en 1957, énumérer la liste de tous les autres titres marquants du rock'n'roll serait vraiment fastidieux.

En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, le rock'n'roll avait produit son décor, ses repères avec détermination, tout en détrônant le jazz de son piedestal. Le franchissement de l'interdit, le désir d'appartenance à un clan, l'apparence vestimentaire (jean, santiags, blouson, chaîne...), la coiffure rockabilly ou encore, côté musique, le comportement caricatural de ses vedettes sur scène, ont été ses principaux jalons. Un profond changement des us et coutumes s'était opéré, au point qu'il prohibait tout retour en arrière. Le rock'n'roll avait donné lieu à un puissant choc générationnel, un appel d'air qui avait fini par conditionner les teenagers blancs à vivre quelque chose de différent, en rupture totale avec leurs parents. Le film "À l'est d'Eden" (1955), d'après le roman de John Steinbeck, apportera un temoignage sensible et réaliste de cette confrontation générationnelle.

Pour autant, une chose qui n'a pas changé, c'est l'amour. Il est toujours présent dans les chansons rock'n'roll, mais avec ce petit plus qui les caractérisent : l'usage de tournures érotiques ; une connotation sexuelle qui trouvera son maître dans les premières prestations scéniques d'un jeune chanteur blanc ténébreux, Elvis Presley. Ses déhanchements seront un appel au sexe en produisant une onde de choc dans l'amérique profonde, un scandale chez le citadin puritain en costume gris trois pièces !


LE ROCK'N'ROLL REDÉFINI À LA SOURCE DU MOT

De nos jours, alors que la mode est de rebâtir l'histoire, on cherche à comprendre « le pourquoi » de cette "folie" apparue quelques années après la fin de la seconde guerre mondiale. Ce qui suit pourra paraître aux yeux de certains assez futiles, mais des spécialistes en éthymologie ont cherché à définir l'association des mots « rock » et « roll », pour nous aider à comprendre.

Leur traduction laisse à penser qu'il s'agit d'une musique qui balance (to rock) et qui roule (to roll). Partant de là, le tempo appuyé et rapide, simple et mécanique, devait agir comme un stimulus. La base de cette construction musicale avait suffi à lancer tout le processus à venir : déclencher la sensation physique des vedettes sur scène en provoquant chez eux des sursauts, des envies de "casser la barraque", et chez les danseurs, d'inventer des figures et des pas aux enchaînements diaboliques. De quoi susciter bien des passions, en effet, auprès d'une jeunesse attentiste !

Toutefois, traduire cette musique par "ça balance" et "ça tourne" reste assez rationnel et succinct. L'origine trouve peut-être son explication ailleurs, par exemple dans le lien qui l'unie à son potentiel tout puissant. C'est ainsi que l'emploi du mot « roll » serait issue du milieu des marins qui s'en servait pour décrire le tangage du bateau, le "roulis" qui, par similitude à l'effet produit, évoque le mouvement des corps dans les relations intimes. Cependant, même si cette explication peut apparaître peu crédible, une seconde, autrement didactique, proviendrait du vocabulaire français...


ELVIS PRESLEY : "JAILHOUSE ROCK" (1957)

LE MOT "ROCK", UN DÉSIR D'APPARTENANCE

Si Henri Salvador et le batteur Mac-Kac se sont disputés la paternité d'avoir introduit les premiers le rock'n'roll en France, notre phraséologie, par sa richesse (et sa complexité), détiendrait aussi sa part de responsabilité dans l'origine du mot « roll ». Notre cousinage avec la langue britannique n'ayant jamais été démenti depuis des siècles, le Larousse soupçonne le verbe « rouler » d'avoir influencé son équivalent anglais « to roll », par l’intermédiaire de l’ancien français roler (ou roller). Tiens donc !

Mise à part cette dernière explication pointue, on remarque par ailleurs que le mot « rock'n'roll » est souvent présent dans les titres qui ont vu naître le style, comme si les pionniers avaient dû justifier avec force le désir d'appartenir à une musique qui roule pour eux et pour la bonne cause !

Depuis son apparition, le rock and roll ne s'est pas démenti et il continue d'alimenter de temps en temps le répertoire des groupes actuels : Rolling Stones, Motörhead, The Subways, The Foxy Ladies ou Nedgeva et The Elektrocution, côté français. Plus modestement, quelques artistes hexagonaux ont également contribué à donner l'exemple de leur côté et à leur façon : Johnny Hallyday, bien entendu (Le Bon Temps du rock'n'roll), Dick Rivers (Je cherche la ville du rock' n' roll) et Eddy Mitchell (Joue pas de rock'n'roll pour moi), mais aussi Jesse Garon et les Forbans (On est rock'n'roll) et sous d'autres latitudes William Sheller (Dans un vieux rock'n'roll). De quoi faire la chasse aux souvenirs !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 10/2022)


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