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SON & TECHNIQUE


DES DISQUES HISTORIQUES AU TOP DE LA TECHNIQUE

Nous sommes au milieu des années 60. Une révolution est en marche, celle des techniques d’enregistrement. Les moyens se multiplient et bouleversent la créativité artistique. Au fil du temps, le son va devenir un enjeu économique rompu aux techniques les plus avancées…


QUAND LA TECHNIQUE D’ENREGISTREMENT DEVIENT UN ART...

Au commencement, l’enregistrement était assimilé à une simple mémoire et son rapport avec la création était nul. Son but était de capturer la performance d’un artiste et de la restituer via le rouleau, puis plus tard à travers le disque. Personne n’imaginait encore que le son allait détenir un pouvoir ascensionnel sur la création. La technique d’enregistrement était sommaire. Elle consistait à placer simplement un microphone face à un musicien ou un grand orchestre. La monophonie allait de soi et personne n’imaginait autre chose.


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Rien n'allait changer jusqu'à l’arrivée de l’électrophone et de la stéréophonie dans les années 50. Synonyme de modernité, signe des temps, la société de consommation commence à prendre le pas et les premiers microsillons stéréophoniques voient le jour. Grâce à cette technique d’enregistrement, l’écoute de la musique prend de la hauteur. Désormais elle vit en deux dimensions, avec des sons différents à droite et à gauche des oreilles, mais surtout elle procure une profondeur sonore qui fait rêver tous les mélomanes. Toutefois, encore à cette époque, la prise de son reste bien sage tout en se déroulant dans de vastes studios d’enregistrement aménagés et traités pour obtenir la meilleure acoustique possible.

Frank Sinatra face au micro et à l'orchestre

Au début des années 60, les enregistrements se font encore en prise directe, dans des conditions live. Les disques de Brel, Aznavour, Ferrat, et de tous les artistes en vogue, sont enregistrés de cette façon. Chanteurs et musiciens cohabitent dans un même espace et doivent performer ensemble. Les magnétophones ne comprennent que deux pistes et limitent de fait tout autre initiative. Les ingénieurs du son doivent faire preuve d’imagination pour procurer à la fois de la présence et de la profondeur. Aujourd’hui encore, certains enregistrements restent d'ailleurs extraordinaires compte tenu des moyens de l’époque.


L'ARRIVÉE DES MAGNÉTOPHONES MULTIPISTES

L’idée de travailler avec un seul enregistreur mais doté de quatre ou de huit pistes faisait son chemin. C’était d’abord pour les studios et les artistes une question pratique et économique, comme la possibilité de séparer en plusieurs étapes la réalisation d’un enregistrement pour ne pas devoir tout recommencer à la moindre erreur.

Un quatre pistes voit le jour au milieu des années 60, mais on ne soupçonne pas encore ce que la multiplication des pistes va engendrer : la réalisation de re-recording en stéréo et surtout la possibilité de tracker ; des mots certes étranges, mais qui vont vite éveiller les sens de quelques artistes et techniciens. C’est le début du « règne sonore » et de son implantation dans l’histoire de la créativité artistique. De nouvelles façons de travailler en studio naissent, et vont produire des révolutions à tous les niveaux. Aucun style de musique n’y échappera, même pas le classique, pourtant connu pour sa prudence à aller de l’avant. De là vont naître des disques qui traceront les sillons de l’histoire des techniques d’enregistrement. En voici quelques-uns…


QUELQUES DISQUES SÉLECTIONNÉS POUR LEUR QUALITÉ SONORE

1959 – Jacques Loussier : Play Bach

Commencer cette sélection avec Jacques Loussier ? On pouvait tomber plus mal quand l’époque vit au son du rock’n’roll. Amoureux intransigeant du répertoire de Bach, le pianiste Jacques Loussier devra beaucoup au compositeur allemand pour sa renommée. Le spécialiste de Bach version jazz a enregistré en trio (piano, basse, batterie) et en prise directe l’album « Play Bach ». À l’écoute, on relève une image stéréophonique ample et large, dessinant parfaitement l’emplacement des différents instruments. Malgré la jeunesse de la stéréo, la maîtrise technique est déjà là et fait merveille !

1961 – Les double six, l'album éponyme

Alors que les enregistrements se font avec un magnétophone deux pistes, on est toujours étonné par les performances sonores de l’époque. Ici, la présence et le relief des différentes voix du groupe 'Les Double Six' fait merveille. L’image stéréophonique, ample, large, n’a rien à envier à des productions plus récentes. Un travail d’orfèvre que de nombreux enregistrements réalisés à cette époque (comme ceux de Duke Ellington ou de Count Basie) ont su rapporter. Ce nouveau espace sonore bidimensionnel allié à une prise de son en re-recording a permis aux différentes voix des 'Double Six' de recréer les différents pupitres d’un big band de jazz. Un must à découvrir.

1966 - The Doors, l'album éponyme

Réalisé avec un 4 pistes et une console fabriquée maison, c’est une réverbération à plaque qui est utilisée pour la voix de Jim Morrisson. Loin d’être un détail, elle apporte une rondeur et surtout une superbe profondeur à son timbre de voix.

1967 – The Beatles : Sergeant Pepper's Lonely Heart Club Band

Ce Sgt. Pepper's est à l’avant-garde des techniques et des audaces d’alors. Une référence autant dans l’enregistrement, le mixage, qu'à travers ses chansons. Un tournant dans la carrière des Beatles qui n’ont pas hésité à tester et expérimenter des techniques révolutionnaires en compagnie de l’ingénieur du son Geoff Emerick et du producteur et arrangeur George Martin. À partir de ce disque, tout ou presque a basculé. Le matériau brut (la composition) ne devait plus arriver à son terme qu’après avoir subi de minutieuses et nombreuses transformations dans les studios d’enregistrement.

1972 – François de Roubaix : La scoumoune

Si François de Roubaix figure dans cette sélection, c’est qu’il a participé de façon indépendante et sans le savoir encore à l’éclosion du travail en home studio. Le compositeur autodidacte de musique de films a forgé sa carrière en étant un touche-à-tout, un expérimentateur de génie à qui la musique doit beaucoup. Mélodiste de talent, le thème musical de « La scoumoune » n’échappe pas à la règle. Enregistré avec un 8 pistes en un week-end, prenant bien soin d’exploiter chaque piste et prémixant au fur et à mesure les différentes parties pour libérer de l’espace, on découvre dans cette musique une richesse instrumentale quasiment atypique par son assemblage et ses effets. Le souffle analogique est peut-être perceptible, mais le grain est si unique qu’il est certainement difficile de le reproduire à l’identique de nos jours !

1973 – Pink Floyd : Dark Side of the Moon

Un des albums de référence des années 70. Le plus célèbre des Pink Floyd. Tous ceux qui l’on découvert à l’époque seront scotchés par les idées, le son, les effets spéciaux et la production qui entourent l’album. Aux manettes un certain Alan Parsons, un ingénieur du son qui quelques temps plus tard fera carrière avec le ‘Alan Parsons Project’. L’expérience qu’il retirera de sa rencontre avec les Pink Floyd rejaillira dans sa production toujours soignée : « Tales of Mystery and Imagination » (1976), « I Robot » (1977), « The Turn of a Friendly Card » (1980). L’album « Dark Side Of The Moon » fera l’expérience d’une publication en quadriphonie réalisée par Alan Parsons (sur vinyle) et reprise en 2003 dans une version mixée en 5.1. L’album est si populaire qu’il a fait l’objet d’un documentaire en DVD (collection ‘Classic Albums’).

1973 – Yves Simon : Au pays des merveilles de Juliet

Acoustique à souhait, avec ses guitares sèches, mais aussi atypique par l’usage de phasing dans la voix principale et l’usage de chœurs aux couleurs androgynes, le premier album d’Yves Simon méritait de figurer dans cette liste. La chanson-titre, faisant référence à l’actrice Juliet Berto fut bien accueilli par la critique et le public. L’obtention du ‘Grand Prix de l'Académie du disque’ est peut-être dû à son assemblage sonore porté par des arrangements novateurs et des textes originaux et forts.

1975 – Gino Vannelli : Storm at Sinup

Gino Vannelli, ce sont les compositions, la voix, les arrangements, mais aussi la qualité sonore de ses disques. Au milieu des années 70, rare était l’ingénieur du son insensible à sa production. Avec Gino Vannelli, la chanson s’entoure d’une armée de sons provenant de claviers divers (orgue, gros synthétiseurs…) et d’une réverbération ample et profonde mettant en avant sa belle voix.

1976 – The Eagles : Hotel California

Dans les studios d'enregistrement, on cherche souvent à produire un son rond et « chaud ». L’album Hotel California, produit par Billo Szymczyk et les différents ingénieurs du son qui se sont succédés à sa réalisation ont réussi ce pari comme personne, au point que les gens du métier ont vénéré ses qualités sonores. Cela s’entend à travers les différents instruments qui déploient un son plein et riche.

1977 – Steely Dan : Aja

Donald Fagen et Walter Becker ont déjà une dizaine d’années de carrière derrière eux quand ils sortent l’album « Aja ». Appartenant tout comme l’album « Dark Side Of The Moon » des Pink Floyd à la collection de DVD ‘Classic Albums’, le groupe Steely Dan offre ici le meilleur de lui-même tout en accordant à l’enregistrement une valeur qualitative certaine grâce aux doigts de l’ingénieur Roger Nichols : grande exigence instrumentale et mixage multipiste détaillé et subtil.

1979 – Rickie Lee Jones, l'album éponyme

Chanteuse, musicienne et compositrice américaine, Rickie Lee Jones à souvent parcouru au cours de ses trente années de carrière de nombreux styles de musique : pop, soul, blues, électro. Dans son premier disque, elle a déjà mis en place les ingrédients qui vont construire ses premiers succès. Des chansons simples, acoustiques et sans traitement apparent. C’est lors d’une écoute au casque que se révèle toute la sophistication du travail conduite en studio. Russ Titelman et Lenny Waronker sont les orfèvres de cette réussite qui, du choix des sons à la mise en place en passant par des arrangements subtils, démontre une fois de plus que la qualité sonore appartient toujours à ceux qui maîtrisent parfaitement le sujet.

1979 – Frank Zappa : Joe's Garage

Peut-être pas le meilleur album de Frank Zappa, mais Joe’s Garage détient un grain de son assez différent du reste de sa production. Une référence à connaître. Zappa était attentif, comme tout grand musicien du 20e siècle, à l’évolution des techniques d’enregistrement.

1981 – Quincy Jones : The Dude

Sa carrière a commencé au cœur des années 50 comme trompettiste avant de devenir rapidement un chef d’orchestre et arrangeur de premier plan. Existe-t-il un style Quincy Jones ? Difficile à dire, tellement l’artiste a œuvré dans le jazz mais aussi dans la musique dite « légère ». Le producteur de Michael Jackson a gratifié sa carrière personnelle de quelques pépites dont « The Dude » en 1981. Fidèle à ce qui s’apparente à un 'Who's Who' des musiciens de studio de la Côte Est, Quincy a réunit tout ce beau monde pour servir des compositions et arrangements dont il a le secret. Le son est là, puissant et dévastateur. Quincy nous invite à un grand spectacle sonore où se succèdent des pointures triées sur le volet. C’est dans ces moments-là que l’on se dit que la technique de l’enregistrement multipistes rend tout de même de grands services en jouant le jeu des plus grands.

1981 – Japan : Tin Drum

L’album « Tin Drum » est un superbe exemple de production synthétique, d'arrangement et de programmation de synthétiseurs analogiques. Le Prophet-5 y est omniprésent, mélangé à quelques sons acoustiques. Le mixage impeccablement latéralisé est remarquable par son absence de réverbération et de délai « perceptibles ». En fait, en écoutant attentivement au casque, on perçoit un paysage sonore d'une incroyable sophistication.

1982 – Roxy Music : Avalon

Considéré par certains comme l’un des plus beaux albums des années 80, « Avalon » est un album très sophistiqué, surtout dans sa mise en forme. C’est le début des premières boîtes à rythme programmables (ici une Linn Drum), de l’arrivée triomphale des synthétiseurs et de la guitare cot-cot. Quant au saxophone, c’est toujours lui qui lance le solo diabolique. Reste que les 24 pistes qui trônent désormais dans la plupart des studios professionnels commencent à se sentir à l’étroit. Bob Clearmountain, l’ingénieur du son a dû fournit au mixage un travail exemplaire pour que tout semble évident, ce qui bien sûr est loin d’être le cas ! En 2003, l'album est ressorti en version 5.1 sur SACD.

1982 – Michael Jackson : Thriller

Si ce disque figure dans la sélection, ce n’est pas seulement parce qu’il est l’un des chef-d’œuvres de la musique du 20e siècle, mais aussi parce qu’il détient une qualité dynamique et une musicalité exceptionnelle ; une des meilleures sonorités de l’histoire de la pop signée Michael Jackson, Quincy Jones et Bruce Swedien.

1983 – Police : Synchonicity

Au fil des albums, le style Police porteur d’un reggae-rock percutant, brut et mélodieux, a laissé place à une sophistication beaucoup plus technique. Pourtant, à l’écoute du titre phare de l’album, « Every Breath You Take » tout semble simple, comme évident. Une leçon de modestie ? Pas vraiment, car sa réalisation a demandé beaucoup de temps et de sueurs. « Every Breath You Take » a eu de nombreuses variantes avant de trouver sa version définitive… comme quoi faire simple et efficace demande du temps ! L’histoire raconte… qu’il a fallu des dizaines de pistes de guitares prémixées, que Sting a mis trois jours à enregistrer la voix, et que les accords de piano, pourtant élémentaires, n’ont pas été évidents à trouver. Côté rythmique, c’est plutôt le grand mélange qui a opéré. Stewart Copeland a usé d’ingéniosité pour que le rythme simple ne sonne pas ordinaire : utilisation d’un gong doublé avec la caisse claire, boîte à rythmes Oberheim superposée à la grosse caisse, etc.). Les studios d’enregistrement servent encore et toujours de laboratoire.

1984 – Serge Gainsbourg : Love on the Beat

Dernière phase stylistique de Gainsbourg : le funk. Comme souvent chez lui, il existe des formes d’ambivalence ou de controverse. D’un côté un contenu hautement sexuel et de l’autre des jeux de mots, dont ce ‘beat’ frappé avec insistance par les chœurs masculins. Bref, c’est du Gainsbourg ! Musicalement, « Love On The Beat » est une réussite. L’artiste s’en sort bien mieux qu’avec son « Rock Around The Bunker » (1975). C’est Billy Rush, qui fait alors partie de l'entourage de David Bowie, qui se charge de la réalisation de son avant-dernier album. Le son compact est marqué par la mise en avant de la Linn Drum, sur laquelle viennent claquer des sons secs de guitares électriques, une basse très compressée et des contre-chants de synthés et de voix. Le résultat de l’ensemble donne un son typé années 80.

1986 – Peter Gabriel : So

Cet album figure dans pratiquement tous les Top 10 des meilleurs mixages, quelle que soit la référence que vous choisissez. Il n’est point nécessaire de souligner la dimension artistique de l’artiste Peter Gabriel, par contre, côté ambiance, style et son, la chanson « Sledgehammer » reste une référence près de vingt ans après pour l'inventivité de son mixage et son groove irrésistible, fruit d'un arrangement et d'un mixage impeccables.

1987 – Claude Nougaro : Nougayork

En 1987, le claviériste français Philippe Saisse exilé à New York pour faire carrière croisa sur sa route Claude Nougaro. Grâce à l’album « Nougayork », le chanteur réalise autant un tour de passe-passe qu'un retour fracassant sur le devant de la scène après un long passage à vide. Dans cet album, tout y est ! C’est une superproduction qui rassemble, outre un tout nouveau Nougaro, un son américain digne d’éloge : compact et puissant. L’album fera date, même si l’on ressent sur certains titres une overdose de machines électroniques. Toutefois, quand ça plait, ça plait ! D’autant plus que cette cuisine de studio est en vogue depuis l’apparition du numérique. Tout est une question de programmation. Vous avez dit feeling ?

1991 – Kraftmerk : The Mix

« La pureté des motifs rythmiques et des thèmes mélodiques évoquent parfaitement la froideur de notre civilisation matérialiste », telle pourrait être le slogan du groupe allemand de Dûsseldorf. Fondé par Raïf Hùtter et Florian Schneider, Kraftwerk comprend alors des instruments rocks (guitare, basse, batterie) aux côtés des synthétiseurs. En 1974, le quatrième album « Autobahn » et le single du même nom rencontrent le succès. Dès lors le groupe affine sa science électronique avec une présence plus forte des machines, et des voix passées au vocoder. « The Mix » passe l’ensemble de leurs tubes à la moulinette des dernières technologies. Toutefois, le principal est là avec ses rythmiques lourdes et ses basses et grosse caisses très en avant. À l’avant-garde d’une musique électro parfois indigeste, Kraftwerk mélange malgré tout ces différents ingrédients sans aucun problème, preuve que la musique « robotique » ne rime pas forcément avec ennui.

1996 – Jean-Louis Murat : Dolores

Réalisé par Christophe Dupouy, « Dolorès » est un album très marqué par l'électronique. Ce résultat on le doit au séquenceur Pro Tools. L’album est construit sur des boucles rythmiques et fait appel à de nombreux sons synthétiques. Le mixage compacté au maximum reste toutefois limpide à l’écoute.

1996 – DJ Shadow : Endtroducing

Un album entièrement produit à partir d’une boîte à rythmes Akai MPC 60. Endtroducing illustre parfaitement ce que l’on pouvait faire musicalement, il y a plus de 20 ans, en utilisant des samples et des boucles de batterie. Un album incontournable pour ceux qui aiment le hip-hop.

1999 – Moby : Play

À partir des années 90, les possibilités et les qualités sonores offertes par le numérique poussent certains musiciens à franchir le pas en travaillant en auto-production. L’album « Play » a ainsi été réalisé en home studio. Pour ce disque, Moby a utilisé des samples de vieux disques de blues qu’il a ensuite retravaillé pour les intégrer au sein d'arrangements électro. La puissance du numérique – quand on sait s’en servir – permet en solitaire d’accomplir des prouesses. Le mixage est ici parfaitement réalisé et le dosage des pistes optimisé. Un succès commercial qui prouve à l’orée du 21e siècle que les grands albums ne sortent pas forcément des plus grands studios.

2002 – Norah Jones : Come Away With Me

Contrairement à la démarche générale de la plupart des artistes de sa génération, la chanteuse Norah Jones utilise les moyens apportés par le tout numérique en offrant à l’acoustique une voix royale. L’album comprend des influences folk et jazz et un cheminement musical personnel qui lui a permis de toucher, dès son premier album, un vaste public. Ces 25 millions d’exemplaires vendus à travers la planète en témoigne.

2002 – Alain Bashung : L’imprudence

Alain Bashung nous propose un véritable voyage sonore en s’échappant des structures 'couplet/refrain' traditionnelles. On le savait déjà, mais les chansons de Bashung s’habillent autrement. La dramaturgie sonore est l’un de ses éléments. L'album a été assemblé à partir de bribes d'enregistrements effectués dans divers studios et compilés sur le séquenceur Pro Tools. Les sons ont subit des traitements radicaux, allant jusqu'à la destruction totale. L'ingénieur et producteur français Jean Lamoot s’est montré d'une inventivité sans pareille.

2003 – Miroslav Vitous : Syncopations

La boucle est bouclée. Nous avions commencé avec du jazz et nous finissons avec du jazz. Le contrebassiste Miroslav Vitous, ancien compagnon de route de Chick Corea, passe à l’offensive avec cet album intitulé « Syncopations ». Il n’est plus question de s’enregistrer en live dans un studio mais plutôt de faire appel à ProTools. Le « pouvoir numérique » est entré dans la tête des jazzmen. L’avantage et le confort apportés par le séquenceur permettent de définir un plan de travail en plusieurs étapes. Miroslav Vitous a d’abord enregistré la section rythmique qu’il a ensuite retravaillée et montée avant d’inviter d’illustres jazzmen à se joindre à lui. John McLaughlin, Jan Garbarek et Chick Corea se sont ainsi succédés. L’ultime étape revenant une fois de plus au contrebassiste qui est intervenu une dernière fois pour définir la structure finale des morceaux avant le mixage. À l’arrivée, tout semble naturel, comme si l’enregistrement s’était déroulé à l’ancienne. Décidément, on n’arrête pas le progrès !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 08/2018)


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