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MUSIQUE DE FILMS


LES CHANTEURS ET CHANTEUSES DEVENUS ACTEURS AU CINÉMA

Fortes de leur popularité, les grandes vedettes de la chanson française ont souvent contribué à renforcer les musiques de films en y participant. Parfois même, au-delà de la BO, certains sont devenus acteurs, voire réalisateurs comme Serge Gainsbourg ou Jacques Brel...


LE CHANTEUR MARIONNETTE ET L’ACTEUR FÉTICHE DU CINÉMA

Dans le cinéma français d'aujourd'hui, le chanteur n’est plus une marionnette qui gazouille dans des séries B, comme c’était le cas dans les années 30 ; phénomène d'un star-system qui se poursuivra jusqu’aux années 60. Depuis, le chanteur a pris du galon et, d’une façon globale, s’en sort plutôt bien depuis qu’il n’est plus un faire-valoir servant à sauver ce qui peut l’être. Aujourd’hui, les chanteurs n’apparaissent plus à l’écran pour s’auto-parodier mais pour investir des rôles à contre-courant de leur image populaire. Cette prise de risque semble visiblement leur réussir, d’autant plus que le public y adhère et prend même un grand plaisir à voir leur « chouchou » sous un autre jour.


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La présence des chanteurs dans le cinéma français s’est renforcé au tournant des années 70/80. Alors que Jacques Dutronc, Eddy Mitchell, Anny Cordy, Juliette Gréco ou Johnny Hallyday ont déjà occupé le grand écran, d’autres au contraire font leur première apparition tel Alain Souchon qui, après avoir chanté L’amour en fuite pour François Truffaut en 1978, fera un passage remarqué dans le film L’été meurtrier de Jean Becker en 1981. Idem pour le chanteur Renaud qui passera aussi par la case chanson (Viens chez moi, j’habite chez une copine de Patrice Leconte –1981) avant d’aborder le cinéma des années plus tard dans le film de Claude Berri, Germinal, en 1992.

Dans ces films, Souchon et Renaud ne font pas de la figuration, mais bien plus en jouant remarqablement les seconds rôles qu'on leur offre. Un autre chanteur va aller encore plus loin : Patrick Bruel. Depuis son premier essai dans le film d’Alexandre Arcady, Le coup de sirocco en 1979, sa carrière n’aura de cesse d’évoluer en confirmant son attachement envers le cinéma populaire de qualité et la chanson d’auteur.

Si par le passé, les spectateurs des salles obscures virent un Charles Aznavour aussi à l’aise dans la comédie que dans le drame (La tête contre les murs, 1958 - Un taxi pour Tobrouk, 1961 ou encore Tirez sur le pianiste, 1960), d’autres chanteurs seront bien obligés de freiner leur ardeur en interprétant des personnages plus en accord avec leur popularité naissante. Ainsi Johnny Hallyday oubliera vite les films tournés à l’époque yéyé pour s’orienter vers des rôles plus solides à partir des années 80 (Détective, de Jean-Luc Godard en 1984, Conseil de famille de Costa-Gavras en 1985).

Les années 80 vont certes révéler le talent tardif de certains chanteurs et chanteuses en tant qu'acteur, mais ils seront encore nombreux ceux et celles qui prêteront leur voix pour un générique ou pour "habiller" en fond sonore une quelconque scène. Le cinéma pour coller au plus près de l'époque fera appel très souvent aux voix en vogue. Les quelques exemples qui suivent témoignent d’étonnants assemblages : Marie-Paule Belle (Thomas de Jean-François Dion, 1974) ; Mort Shuman (A nous les petites anglaises de Michel Lang, 1975) ; Yves Simon (Diabolo menthe, 1977) : Pierre Bachelet (Les bronzés font du ski, 1979) ; Michel Jonasz (Clara et les chics types de Jacques Monnet, 1981) ; Patrick Juvet (Rends-moi la clé de Gérard Pirès, 1981) ou encore Khaled (Un, deux, trois, soleil, de Bertrand Blier, 1993).

Toutes ces participations sont généralement uniques et ne visent pas à se traduire tôt ou tard par un essai cinématographique face à la caméra ; et si certains ont tenté l’aventure (Michel Jonasz, Jacques Higelin…) au départ, c’est avant tout une histoire de rencontre et d’opportunité, un élan du cœur et d’objectif commun. Dans ce cas, la scène et le studio cèdent leur place aux décors cinématographiques et à l’œil impassible de l’objectif avec tous les risques que le cinéma est en mesure de produire : succès éphémère, erreur de parcours et réussite sans suite.


BIOPICS ET CINÉMA VÉRITÉ

La présence des chanteurs renforce aussi, d’une façon générale, la place de la musique dans le 7e art. Aujourd’hui, dans les écoles de cinéma, la musique de films fait partie des débats. Elle est analysée et étudiée au même titre que le choix d’un décor, d’une lumière ou d’une mise en scène. La musique de film est devenue indispensable à la vie cinématographique jusqu’à devenir l’objet de toutes les attentions quand le film projette des personnages de musiciens ou de chanteurs.

Quand l’histoire biographique d’un grand artiste devient l’enjeu, le chanteur-acteur ou le musicien-acteur place généralement tous ces efforts à le dépoussiérer, à le rénover jusqu’à le remettre à l’honneur. Ainsi sont nés les biopics des temps modernes, bien décidé à renvoyer aux oubliettes les grandes biographies échevelées d’autrefois. A l’écran, il en jaillit une toute autre vision. L'existence du compositeur ou du chanteur n’est plus volontairement torturée, d'une nature misanthrope ou atteint d'une si grande culture qu’il en devient présomptueux, comme le personnage parodique d’Antoine Delafoy des Tontons Flingueurs incarné par Claude Rich.

Dans le cinéma de ces dernières années, les personnages de musiciens et de chanteurs ne sont plus en représentation, ni ridicules ou incompris. Ils sont devenus des personnages souvent banals, communs, qui traînent à leurs basques aussi bien des problèmes de cœur que des projets réalistes ou fantaisistes. Ainsi, dans le film d’Elie Chouraqui, Paroles et musique, l’histoire des deux musiciens héros du film (Christophe Lambert et Richard Anconina), sont prisonniers de leur amitié et ont bien du mal à réussir leur projet commun. Tout récemment, le film Souvenir de Bavo Defurne (2016) avec Isabelle Huppert et Kevin Azaïs nous montre une toute autre facette, celui des désillusions et de la reconquête de jours meilleurs à travers une comédie à la fois sentimentale, nostalgique et en prise avec la réalité.

Autre exemple avec le film Un cœur en hiver (1992) de Claude Sautet, où le réalisateur ne cherche certainement pas la démonstration ou l’effet facile propre au roman-photo ; à cela, il préfère raconter la naissance et l’étiolement d’un amour impossible entre une violoniste (Emmanuelle Béart) et son luthier (André Dussolier). Un autre exemple frappant où le rôle de la musique s’impose intelligemment s’apprécie dans Tous les matins du monde d’Alain Corneau (1991). Le film retrace la vie du compositeur français du 17e siècle Marin Marais et ses relations avec son maître Sainte-Colombe. Le son et le travail conduit sur une viole de gambe par ces illustres musiciens retiendront l’attention des spectateurs durant plus d’une heure et demie. Qui l’aurait cru ?

Depuis des décennies le cinéma tourne autour de la musique et de ses interprètes sans pénétrer véritablement en son cœur, mais plutôt en y inscrivant les émotions du cœur. En effet, bien peu sont les films à avoir transposer à l’écran l’image authentique et réaliste de la vie des musiciens, chanteurs ou compositeurs, sans qu'il y soit apporter quelques fioritures et arrangements. Un exemple parmi bien d'autres : le film Amadeus de Milos Forman (1984). Sa prise de position partisane, sa façon de théâtraliser ou de dédramatiser l’existence de Mozart avait, lors de sa sortie, fait couler beaucoup d’encre.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 03/2017)


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