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MUSIQUE & SOCIÉTÉ


LA CHANSON SEXUELLE CHEZ LES FILLES ET LES GARCONS

La question de l’identité sexuelle a toujours eu sa place dans la chanson et demeure encore aujourd’hui l’un des thèmes favoris des auteurs-compositeurs. Baignée dans des stéréotypes qui opposent ouvertement les hommes et les femmes, la chanson reprend parfaitement les idées cloisonnées que sèment la société, en fabriquant des personnages à la sexualité tranchée ou parfois ambiguë quand elle échappe aux évidences. Du métal à l’androgyne assumé, il est parfois difficile de s’y retrouver, d’autant plus qu’entre les boys band et les garçons rappeurs, qu’entre les mélodies chaloupées et les hymnes virils, toutes les chansons deviennent de véritables devinettes : Pour qui ? Dans quel but ? Pour provoquer ou pour rassurer ? Autant de questions que cet article ose éclaircir…


LA CHANSON : UNE QUESTION DE SEXE ?

La chanson a toujours pris un malin plaisir à brouiller les pistes. Le sujet est d'autant plus complexe qu'une chanson chantée par une femme ne s’adresse pas forcément aux hommes et inversement. Il peut même être rassurant de se dire qu’un interprète voue sa chanson aux deux sexes. Ensuite, cela dépend de qui la reçoit : un homme, une femme ? La personne est-elle gay, hétéro ? De cette base de réflexion sommaire, on peut concevoir tout un ensemble de combinaisons possibles.


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C'est à l’adolescence que l’identité sexuelle de la chanson revêt une grande importance. Le déguisement, l’apparat de l’interprète, son physique, son âge, le sens des paroles et le style musical viennent se mélanger pour fabriquer une chanson à l’appartenance sexuelle plus ou moins bien définie. Ainsi, la plupart des jeunes garçons vont s’orienter vers des musiques plutôt physiques, comme le métal, le hard, le rap ; vers des musiques qui exalte la virilité. Chez les jeunes filles, c'est souvent l’apparence physique, mais aussi l’âge de l'interprète qui déterminent parfois le choix, quand ce n’est pas tout simplement le désir de ressembler à son artiste féminine favorite qui prend le dessus.

À travers ses différentes postures, que ce soit par exemple au niveau des textes ou des tenues vestimentaires, les interprètes expriment des penchants, des attirances, qui viennent se positionner en amont, provoquant des vagues émotionnelles chez les ados et renforçant chez eux certains préjugés à une période où la sexualité est d’une importance cruciale.

Certains des messages véhiculés dans les chansons rap ne sont pas anodins en stigmatisant des idées rétrogrades sur la femme. « Soit bonne, soit soumise et tais-toi. », pourrait être le verdict qui résume leur position sur le sexe opposé. Mais attention, cette imagerie directe, voire brutale, séduit aussi les jeunes filles qui répondent avec des mots tout aussi crus pour contrer leur "adversaire" et affirmer leur indépendance. Bien évidemment, dans le camp des garçons timides et maladroits, l’appel à une sexualité délibérément provocatrice, surtout émanant des filles, n’aide en rien et crée au contraire un effet inverse de celui recherché.


UNE QUESTION D’ÂGE

Pour celui ou celle qui voudrait connaître la destination sexuelle d’une chanson sans faire fausse route, nul doute qu'il faudrait commencer par observer celui qui l’écoute : l’enfant, l’adolescent, le jeune adulte ou le senior ? Serait-ce une question d’âge ? Oui, car plus on tend vers le jeune âge, plus l’identité de la chanson doit se dessiner parfaitement, sans ambiguïté. Le premier des repères étant : le papa d’un côté et la maman de l’autre.

En avançant dans l’âge, la chanson devient une sorte d’éducation sexuelle qui n’en porte pas le nom, mais qui participe à l’évolution psychologique de l’enfant. Celui-ci n’étant pas toujours conscient de ce qu’il écoute, il est important que chaque chose soit vécue en son temps, avec son propre tube à chaque tranche de la vie. Le contenu textuel aura toujours plus d’importance que la musique qui, finalement, ne fait que cadenasser avec plus ou moins de force le canal de l’énergie et non des idées.

Généralement, on s’identifie à un artiste qui va confirmer ou projeter des idées que l’on a sur la virilité ou à l’inverse sur la féminité. Michael Jackson, Madonna, pour ne citer qu'eux, ont été des stars de la chanson, mais aussi des sex-symbols qui incarnent une certaine vision de la virilité et de la féminité. On peut les aimer pour leurs chansons, mais aussi à travers leur façon de s’habiller et de bouger, d'évoquer par leurs gestes une certaine sexualité. Le vrai du faux est peut-être le plus difficile à décoder pour des enfants devenus adolescents et qui vivent quotidiennement entourés de musique et de clips.

Cette récupération de connotations sexuelles dans l'interprétation des chansons ne date pas d’aujourd’hui. Souvenons-nous d’Elvis Presley et de ses déhanchements, de Mike Jagger et de sa moue héritée de Marilyn Monroe. Dans les années soixante, quand est survenue la libération de la femme, tout s’est brusquement accéléré. La littérature a lâché en pâture la sexualité et ses mots, banalement crus et directs. La chaste chanson de séduction interprétée par Juliette Gréco, Déshabillez-moi (1967), fera pâle figure face au versant plus incendiaire et pornographique de la chanson Je t’aime moi non plus de Gainsbourg et Bardot sortie à la même époque. La chanson française vente une sexualité hétéro. Elle s'en amuse ou s'en offusque tout en prenant garde de laisser les chansons de travestis dans les cartons pour encore un bout de temps. Il faudra attendre 1972 et la chanson Comme ils disent, interprétée par Charles Aznavour, pour s’attaquer ouvertement au sujet tabou de l’homosexualité (consulter Les chansons françaises des années 70).


LE TOP 50 ET LE HEAVY METAL

Dans les années 80, à l’âge d’or du Top 50, d’autres stratagèmes concernant l’émancipation sexuelle vont naître.

À travers les clips qui prolifèrent, les jeunes adolescentes rêvent de ressembler à leur chanteuse préférée. Ce désir est amplifié par la présence des groupes féminins qui envahissent les écrans et qui, par leur provocation sexuelle, galvanisent les filles. Les chansons faites par des filles pour des filles ne se limitent pas seulement à un univers de mélodies « pop » car le rock féminin saura également accueillir en son sein nombre d’adolescentes. Le message envoyé aux garçons est clair : par souci d’égalité, il est nécessaire et important que derrière une guitare, une basse ou une batterie se tienne une fille. Ainsi sont nés de nombreux groupes de rock exclusivement féminins : Spice girls, Destiny’s Child, etc.

De leur côté, les garçons en quête d’identité cherchent à radicaliser leur univers en écoutant un rock très dur, un heavy metal où se déchaîne une violence sans retenue. Metallica, Kiss, Pantera et Iron Maiden ont la côte et forment des communautés très masculines. Sur des symboles au premier degré, tous relatifs à la virilité, ce style musical sera élevé au rang de culture et offrira aux garçons l’occasion d’écouter une musique calibrée à leur intention. Le style véhicule bien sûr un côté sectaire tout en renforçant l'esprit communautaire, celui d’appartenir à un clan.

Seulement le heavy metal (et autre dérive du même ordre) n’a jamais suffi à sensibiliser tous ceux qui ne souhaitait pas rentrer dans la « norme », car bien qu’il existe des genres musicaux qui se veulent réservés à une certaine clientèle, en réalité, dans les faits, rien ne vient étayer cette idée-là d'une façon incontestable. La musique n’a jamais eu de frontières. Chaque tempérament, chaque personnalité, peut y trouver son propre port d'attache ; et un style, quel qu'il soit, n'appartiendra pas d'avantage à une fille qu'à un garçon. Rien n’empêche dans les faits une adolescente de faire du « headbanging » sur une musique de hard, et un adolescent aux cheveux longs d’écouter, en étant allongé sur un lit, un disque "cool" de papa, style Simon & Garfunkel !


LE TEMPS DU HIP-HOP ET DU RAP

Si le heavy métal implore ou exulte l’image de la virilité, il n’est pas le seul. Le hip-hop dessine à sa façon des codes, des thèmes et des modèles certes diamétralement opposés, mais qui ne laissent aucun doute concernant leur destinataire. Prenant à témoin la réalité de la vie dans les ghettos, à coup de poing imagé ou bien réel, le hip-hop semble évoquer un monde de dur taillé pour les mecs. Pourtant, derrière ce climat pesant, à travers ces mots dégainés à toute vitesse, le style s’adresse à tout le monde, filles et garçons. Généralement, il transmet des messages communautaires et politiques, des témoignages de la vie dans les cités qui ne se focalisent pas uniquement sur des valeurs masculines. Les messages sont souvent asexués. Ils prônent l’amour universel, l’amour du prochain pour une vie meilleure. C’est d’autant plus vrai quand ils sont politisés et qu’ils mettent en avant la conscience de l’individu à vivre en société.

Aujourd’hui, le hip-hop glisse doucement vers des intentions plus soft. Des messages plus sentimentaux se font jour et laisse quelque part les provocations, la misogynie, les désirs brutaux au vestiaire. Faut-il y voir une évolution, une usure du temps, une lassitude ? Certainement un renouvellement du genre.

Dans le rap, le sexe est intervenu partiquement dès les débuts, mais le sera d'une façon plus prononcé quand le gangsta rap fera son apparition. Le style de musique a alors endossé tous les clichés liés à la virilité, à l’image du mâle. Au début marginal, le courant musical va directement exploité un langage cru, sans ambages et très imagé et, peut-être, en raison de cet appel au sexe immédiat, va placer au second plan d’autres messages à la conscience sociale et politique. Très rapidement un rap hyper macho va s’imposer et délimiter durablement les frontières dans un concours où la pornographie n’est vraiment pas très loin. Le sexe, ainsi injecté dans les chansons des rappeurs, creuse avec force les différences d’identité sexuelle.

Si l’on imagine très bien les filles entretenir leur « plastique » dans un institut avec la coiffeuse ou la manucure, d’autres, moins frileuses, vont adopter la ligne directrice suggérée par les rappeurs masculins. Face à cette imagerie macho, elles n’ont d’autre possibilité pour faire passer leurs messages et pour exister que de les affronter sur leur propre terrain. Sur celui du gangsta rap, elles doivent faire mieux, voire pire en apportant à la pornographie une place centrale. La notoriété, via des clips qui ne laisse aucun doute de leurs intentions physiques, sera obtenue à ce prix-là ! Et pour celles dont le physique n’est pas dans la « norme », c’est dans la tournure des textes qu’elles piqueront au vif le machisme des mecs. Elles miseront sur leur intelligence pour déjouer les codes des garçons et les ridiculiser face à leur propre valeur.

LES CHANSONS POUR MIDINETTES

La chanson où l’amour est roi n’est pas nécessairement liée à la passion amoureuse, bien que le marketing a toujours eu l’idée que la gent féminine était le public idéal pour acheter des chansons d’amour. Sensibles, fleurs bleues, le public féminin possède une posture romantique plus courante et affirmée que les garçons. Le latin lover comme le boys band possèdent des atouts qui touchent vraisemblablement la sensibilité féminine. Serait-ce une question d’hormones ou simplement une raison pour hurler aux clichés répandus ?

Depuis longtemps, le chanteur à midinettes à toujours produit ses ravages dans le cœur des jeunes filles amoureuses. Sur des paroles simples, directement accessibles, le jeu de la séduction marche toujours. Les germes de l’ado, alors en sommeil, se réveillent jusqu’à provoquer une exaltation non contenue. Le phénomène, proche de la béatitude, ne rencontre aucun obstacle et peut aller à sa guise jusqu’à produire involontairement des sentiments de maladie d'amour.

Le calcul du marketing est simple : un beau mec, viril si possible avec des yeux « revolvers », comme le chantait Marc Lavoine, et des paroles qui ne laissent planer aucun doute sur le public visé. Les années 70 seront les années des chanteurs à midinettes. Ils se multipliaient alors comme des petits pains : Art Sullivan, Dave, Mike Brant, Christian Delagrange, Ringo, Patrick Juvet… Ils avaient tous en commun d’être célibataire et de vouloir (devoir) plaire aux filles. Derrière cette façade artificielle existaient des écuries d’auteurs et de compositeurs toujours prêts à écrire des textes passe-partout et des musiques sur mesure, calibrés pour plaire dès la première écoute. Pour les interprètes, le plus dur était de survivre à l’assaut du temps.

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Lors de la décennie suivante, si les visages ont changé, ce qui est normal, les messages aussi. C’est l’époque Jean-Jacques Goldman (Elle a fait un bébé toute seule) et Jean-Luc Lahaye (Femme que j’aime). Même Julien Clerc rejoint à sa façon le mouvement (Ma préférence, Femmes je vous aime). La midinette est devenue une femme que l’on souhaite respecter. Of course, la "working girl" libérée est née et en impose. Elle ne se contente plus qu’on lui compte fleurette via seulement quelques « mots bleus ». Pourtant, doivent-elles croire à tous ces messages qui leurs sont destinés ? Car, il faut l’avouer, une certaine hypocrisie existe dans ces chansons qui placent les femmes indépendantes sur un piédestal.

La réaction ne se fera pas attendre. Les chanteuses féminines des années 80, telles Elli Medeiros ou Cyndi Lauper seront construire des textes qui remettront en place certaines idées toutes faites, parfois les illustrant à la façon d’un mode d’emploi comme avec la chanson Fallait pas commencer où Lio dicte sa vengeance : « Dis-moi, c'est vrai que tu me trompes / Depuis des mois avec ma meilleure amie / Dis-moi ? je parie que t'a donné de moi / Ça mon vieux tu vas.. / Ça mon vieux tu vas... / Ça mon vieux tu vas me le payer / La vengeance est un plat qui se mange froid. »

Les années 90 auront pour héros Roch Voisine, Patrick Bruel et sa bruelmania, des chanteurs séducteurs qui sauront exploiter durant un temps toutes les ficelles du genre. Cependant, les boys band avec leurs qualités physiques, leurs sourires éclatants et leurs chorégraphies seront les vainqueurs toutes catégories des chansons pour filles pubères. Nul autre qu’eux seront rassembler autant de clichés candides portant sur une sexualité certes affirmée, mais aussi stéréotypée et mesurée. Un phénomène médiatique qui existe toujours, vingt ans après son apparition, et qui draine lors des spectacles ancienne et nouvelle génération.


UN PARAGRAPHE POUR LA NOSTALGIE

Évoquer seulement les chansons d’amour destinées aux ados et aux jeunes adultes serait profondément injuste, car les personnes de 40 ans et plus ont droit, elles aussi, à leur part de bonheur et de rêve. À tout âge, la chanson d’amour à son public. Bien souvent, chez les seniors, elle agit par nostalgie. À l’écoute d’une chanson ancienne, l’émotion est toujours là, intacte, parfois avec la larme à l’œil quand le souvenir vous rappelle un émoi amoureux. Nostalgie quand tu nous tiens, cela semble pour la vie. Il n’y a alors plus d’âge. La mémoire se rembobine et plonge son auditeur dans un come-back plus rapide que l’éclair. Derrière le côté superficiel que l’on prête généralement à la chanson, c’est souvent dans ces moments-là que l’on mesure à quel point elle peut être utile dans une vie.

Même si les styles et les âges séparent chacun de nous, il est parfois temps qu’au-delà de toute sexualité les regards que nous portons sur nos existences respectives arrivent à se croiser. Cela pourrait être une façon intelligente de comprendre ce qui se passe chez l’un ou chez l’autre, pour que masculin et féminin échappent aux clichés et aux vérités de chacun. Allez, encore un petit effort, pénétrons au cœur de quelques chansons aux messages confidentiels, brisons les tabous, et allons de l’avant. De nos jours, il est dépassé de prétendre que les hommes et les femmes proviennent de planètes opposées. D’ailleurs, celui qui s’attarderait sur les différences qui nous séparent, à part bien-sûr pour celles qui se trouvent sous la ceinture, aurait certainement beaucoup de mal à se faire comprendre.

Par Elian Jougla - 10/2016

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LES CHANSONS D'AMOUR, MODES ET RECETTES


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