MUSIQUE & SOCIÉTÉ.


LE DOCUMENTAIRE ‘1971 : THE YEAR THAT MUSIC CHANGED EVERYTHING’ (L’ANNÉE OÙ LA MUSIQUE A TOUT CHANGÉ)

1971 : The Year That Music Changed Everything’ est un documentaire en 8 épisodes conçu à partir du livre de David Hepworth ‘1971 : Never a Dull Moment’. Le choix de l’année 1971 revêt un caractère particulier aux États-Unis comme au Royaume-Uni. Si la musique atteint des sommets, l’époque est tumultueuse à bien des égards en étant alimentée par de nombreux bouleversements politiques et culturels…


L’ANNÉE 1971, UN CONTEXTE ARTISTIQUE, SOCIAL ET POLITIQUE PARTICULIER

À la fin des années 60, toute une jeunesse qui croyait en un monde d’amour et de fraternité s’accomplir tout autour d’eux devait déchanter. La musique aux vertus pacificatrices avait permis au « peace and love » des hippies d’exister pour peu que quelques substances illicites permettent de l’atteindre. Au début des années 70 la jeunesse y croyait encore, même si faire revivre de grands festivals pop comme Monterey ou Woodstock avaient peu de chance de se reproduire, du moins avec la même ferveur et la même innocence que l’on accorde aux jours nouveaux.

© Apple TV+

Tandis que le mouvement hippie abandonnait ses illusions, aux États-Unis des manifestations toujours plus nombreuses dénonçaient la guerre du Vietnam. La répression politique se faisait de plus en plus violente et poussait les Afro-américains à se révolter. La lutte contre la ségrégation se prolongeait comme une histoire sans fin avec d’éternels appels à la mobilisation civique. Ce changement de mentalité n’était pas dû à une minorité mais s’opérait à grande échelle.

La plupart des observateurs s’accordaient sur un point : l’année 1971 était exceptionnelle du point de vue musical. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un simple coup d’œil sur quelques pochettes : le Pearl de Janis Joplin (paru à titre posthume), le L.A. Woman, dernier album de Jim Morrison avec les Doors, l’album crucial Led Zeppelin « IV », l’indétrônable Imagine de John Lennon, l’audacieux engagement de What’s Goin’ On par Marvin Gaye, ou encore l’apocalyptique album Hunky Dory de David Bowie, l’efficace simplicité des Who avec Who’s Next, sans oublier Sticky Fingers des Rolling Stones et même, côté français, Histoire de Melody Nelson de Gainsbourg dont l’intérêt artistique n’a été reconnu qu’un peu (trop) tard. L’année 1971 verra aussi l’émergence de quelques chanteuses compositrices comme Joni Mitchell et Carole King, la multiplication des albums concepts et bien d’autres formes de manifestations artistiques à taille XXL.

Malgré cette créativité débordante, la décennie des années 70 ne s’ouvrait pourtant pas dans un contexte favorable. Les chansons optimistes des années 60 laissaient place à des textes plutôt sombres, s’interrogeant sur l’avenir. Un changement de mentalité se produisait. Alors que John Lennon chante « Imagine qu'il n'y ait pas de paradis / C'est facile si vous essayez » (Imagine), de son côté George Harrison, organise avec Ravi Shankar le premier concert de charité de l’histoire de la musique populaire, 'The Concert for Bangladesh', au Madison Square Garden, à New York. En 1971, nombreux étaient les artistes qui souhaitaient apporter leur contribution à des actions humanitaires, qui manifestaient leur philanthropie à leur façon, avec les moyens dont ils disposaient.


‘1971 : THE YEAR THAT MUSIC CHANGED EVERYTHING’ (Trailer)

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UNE DIVERSITÉ DE DOCUMENTS

Proposé en huit épisodes, la série documentaire 1971: The Year That Music Changed Everything (diffusée par la plateforme Apple TV+ depuis la fin du mois de mai), passe au crible les mœurs, les agitations politiques, la drogue, le sexe… Les chansons servent de témoins, même si le « fond musical » est incomplet ou du moins n’évoque les changements qu'en les effleurant. Ainsi, le rock progressif (pourtant vivace avec des groupes comme King Crimson, Genesis et Yes) est pratiquement ignoré. Le hard rock se résume à la diffusion d’un morceau de Black Sabbath. Quant au bouleversement produit par un jazz devenu électrique, il n’en est pas vraiment question. Paradoxalement, cette série nous fait entendre de nombreux titres enregistrés en 1971, mais commercialisés l’année suivante, voire plus tard.

© Apple TV+

Excepté ces réserves, 1971: The Year That Music Changed Everything offre une grande diversité de documents passionnants : émissions télévisées, documents personnels d’artistes, entretiens en voix off de musiciens, d’ingénieurs du son, de journalistes… La société américaine est exposée sans filtre. En témoigne la lutte des Noirs pour les droits civiques, l’activisme des Black Panthers, la censure, la guerre au Vietnam (qui met en avant l’album What’s Going On de Marvin Gaye), les ravages des drogues dures (notamment les addictions de Sly Stone au moment des séances de There’s a Riot Goin’On et du guitariste des Rolling Stones, Keith Richards, lors de l’enregistrement de l’album Exile On Main Street) ; ou encore des faits de société peu connus du spectateur français comme les démêlés du magazine 'Oz' avec la censure britannique ou la révolte des prisonniers au pénitencier d’Attica.

Produit et réalisé par Asif Kapadia (auteur en 2015 du documentaire primé aux Oscars, 'Amy', sur la vie d’Amy Winehouse), cette série nous montre comment, un demi-siècle plus tard, les icônes musicales de l'époque ont été influencées par les marées changeantes de l'histoire ; et, à leur tour, comment ils ont utilisé leur musique pour inspirer l'espoir, le changement et la culture qui les entoure.

Par D. Lugert (Cadence Info - 06/2021)

LISTE DES ÉPISODES

  • 1. Que se passe-t-il ?
  • 2. La fin du rêve éveillé
  • 3. Changements
  • 4. Notre moment, c’est maintenant
  • 5. La révolution ne sera pas télévisée
  • 6. Exile
  • 7. Respect
  • 8. L’homme sidéral

1971 : The Year that Music Changed Everything
Année de sortie : 2021
Une série produite par Asif Kapadia et James Gay-Rees
Disponible depuis le 21 mai 2021 sur Apple TV+


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